Ce paradoxe est bien sûr le fruit de notre histoire, de notre culture, des difficultés techniques qu'il y a parfois eu à travailler en forêt, mais aussi d'idées reçues qu'il est urgent de combattre. Il faut ainsi réaffirmer qu'exploiter davantage la forêt n'est pas épuiser une ressource rare. Non, loin de la fragiliser, c'est la meilleure façon de la renforcer ! Une forêt « sanctuarisée » est une forêt mal entretenue, dans laquelle les arbres peinent à croître, et sont plus vulnérables aux agressions comme les incendies. C'est précisément à cet entretien que contribue la filière bois énergie. Il s'agit en effet de prélever, pour en faire une source d'énergie, des bois non utilisables par les filières du bois d'œuvre et du bois d'industrie : petits bois issus des éclaircies, bois abîmés, sous-produits des coupes d'arbres à maturité (branches, cime), etc. Ce que l'on regroupe sous le terme de « plaquette forestière » lorsque cette matière est broyée pour alimenter une chaudière. Il n'y a donc pas concurrence mais bel et bien synergie entre les « filières nobles » et la filière bois énergie.
Encore faut-il que celle-ci offre des perspectives prometteuses : c'est le cas aujourd'hui, où tout concourt à lui donner un essor exceptionnel. Ses atouts écologiques d'abord : le bois énergie présente un bilan carbone neutre. En effet, lorsqu'il est brûlé, le bois rejette le carbone qu'il a stocké lors de sa croissance, par photosynthèse, et que la forêt dont il est issu va stocker à nouveau en repoussant. Le carbone du bois circule donc en circuit fermé : c'est la grande différence avec les énergies fossiles dont les émissions rejoignent l'atmosphère après combustion. Substituer le bois à des énergies telles que le pétrole, le gaz ou le charbon permet donc de réduire notablement les émissions de CO2.
A ces atouts verts s'ajoutent des atouts économiques décisifs : substituer du bois aux hydrocarbures pour la plupart importés, augmente notre indépendance énergétique. Le développement de la filière bois est aussi une chance pour les propriétaires forestiers (environ 3,5 millions en France) car l'exploitation du bois énergie de leurs parcelles leur évite des coûts d'entretien, et permet aux essences nobles qui souvent n'étaient plus prélevées, de mieux se développer. Au final, cela accroît leur production de bois d'œuvre et de bois d'industrie.