« Comment développer la forêt française ? Grâce au bois-énergie »

Une énergie abondante, renouvelable, non polluante, vertueuse pour le climat et créatrice d'emplois : voilà la richesse que possède la France avec sa forêt...une richesse pourtant étonnamment sous utilisée et mal valorisée. Les chiffres sont imparables : le massif forestier français, le troisième d'Europe, occupe près de 30% du territoire métropolitain, et sa surface a augmenté de 50% depuis 1950 pour atteindre plus de 15 millions d'hectares. Selon l'Inventaire Forestier National, le prélèvement annuel de bois n'est que de 65 millions de mètres cubes alors que l'accroissement biologique est de 136 millions !

Ce paradoxe est bien sûr le fruit de notre histoire, de notre culture, des difficultés techniques qu'il y a parfois eu à travailler en forêt, mais aussi d'idées reçues qu'il est urgent de combattre. Il faut ainsi réaffirmer qu'exploiter davantage la forêt n'est pas épuiser une ressource rare. Non, loin de la fragiliser, c'est la meilleure façon de la renforcer ! Une forêt « sanctuarisée » est une forêt mal entretenue, dans laquelle les arbres peinent à croître, et sont plus vulnérables aux agressions comme les incendies. C'est précisément à cet entretien que contribue la filière bois énergie. Il s'agit en effet de prélever, pour en faire une source d'énergie, des bois non utilisables par les filières du bois d'œuvre et du bois d'industrie : petits bois issus des éclaircies, bois abîmés, sous-produits des coupes d'arbres à maturité (branches, cime), etc. Ce que l'on regroupe sous le terme de « plaquette forestière » lorsque cette matière est broyée pour alimenter une chaudière. Il n'y a donc pas concurrence mais bel et bien synergie entre les « filières nobles » et la filière bois énergie.

Encore faut-il que celle-ci offre des perspectives prometteuses : c'est le cas aujourd'hui, où tout concourt à lui donner un essor exceptionnel. Ses atouts écologiques d'abord : le bois énergie présente un bilan carbone neutre. En effet, lorsqu'il est brûlé, le bois rejette le carbone qu'il a stocké lors de sa croissance, par photosynthèse, et que la forêt dont il est issu va stocker à nouveau en repoussant. Le carbone du bois circule donc en circuit fermé : c'est la grande différence avec les énergies fossiles dont les émissions rejoignent l'atmosphère après combustion. Substituer le bois à des énergies telles que le pétrole, le gaz ou le charbon permet donc de réduire notablement les émissions de CO2.

A ces atouts verts s'ajoutent des atouts économiques décisifs : substituer du bois aux hydrocarbures pour la plupart importés, augmente notre indépendance énergétique. Le développement de la filière bois est aussi une chance pour les propriétaires forestiers (environ 3,5 millions en France) car l'exploitation du bois énergie de leurs parcelles leur évite des coûts d'entretien, et permet aux essences nobles qui souvent n'étaient plus prélevées, de mieux se développer. Au final, cela accroît leur production de bois d'œuvre et de bois d'industrie.

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Mais surtout, le développement du bois énergie est une réelle opportunité pour les exploitants forestiers. Les estimations tirées du Grenelle de l'Environnement tablent sur la création de 19 000 emplois d'ici 2020 pour prélever le bois en forêt, et peut être de plus de 60 000 dans l'ensemble de la filière biomasse (dont le bois est la composante essentielle) d'ici cette date. Ces emplois auront l'avantage en outre d'être situés sur tout le territoire et non délocalisables. Aucune autre énergie n'est capable de générer autant de nouvelles embauches : jusqu'à quatre fois plus, à production énergétique équivalente, que le gaz ou le fioul pour l'approvisionnement auquel s'ajoutent les emplois pour la conduite des chaufferies, selon des études du Parlement Européen.

Reste, évidemment à ce que les débouchés s'ouvrent. Les pouvoirs publics en sont conscients : la production de chaleur et d'électricité à partir de biomasse représente plus du tiers de la croissance attendue des énergies renouvelables pour atteindre les objectifs du Grenelle de l'Environnement d'ici 2020. Atteindre cet objectif passe par un développement concomitant des infrastructures énergétiques locales, et en particulier le doublement du nombre de logements chauffés par des réseaux de chaleur urbains, décidé par les pouvoirs publics.

L'investissement requis pour les centrales énergétiques et les canalisations de réseaux est de l'ordre de 20 milliards d'euros d'ici 2020 sur les 450 milliards d'euros d'activité économique générés par les différents volets du Grenelle de l'Environnement. Le jeu en vaut la chandelle. Les réseaux de chaleur urbains sont en effet particulièrement adaptés à la biomasse. La « chaleur verte » qu'ils produisent permet, par rapport aux installations individuelles au fioul ou au gaz, de réduire drastiquement l'empreinte carbone des villes. Associé aux réseaux de chaleur, le bois énergie devient ainsi, au delà de ses qualités écologiques, un véritable outil d'aménagement du territoire, au service d'une nouvelle solidarité entre espacesurbains et ruraux : plus d'énergies renouvelables en ville, c'est aussi plus d'emplois en forêt.

Olivier Barbaroux,
Président Directeur Général de Dalkia.
Point de vue publié dans Les Echos le 04 mai 2010.

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