Non, car c'est la loi du bon sens. L'architecture s'est toujours adaptée au climat et aux matériaux locaux. C'est pendant les 30 glorieuses, quand l'énergie était abondante, que les constructeurs ont cru pouvoir s'affranchir de l'environnement naturel pour construire des tours vitrées au Caire par exemple, en comptant sur les ingénieurs pour rattraper leurs écarts par la climatisation, le chauffage, l'éclairage artificiel. Maintenant que les ressources naturelles sont plus rares et plus chères, qu'il faut enrayer le changement climatique, on revient à la base : le soleil se lève à l'est, il fait frais en Bretagne et chaud à Nice. Sans oublier le confort d'été : dans un habitat de plus en plus isolé, l'architecture bioclimatique s'intéresse également de près à la protection du soleil en été. Chaque création architecturale doit répondre tout en finesse à une situation locale. L'orientation, la taille des ouvrants, les brisesoleil, la protection des vents, les espaces tampon : tout ce qui peut être fait par la conception, l'orientation du bâtiment doit être fait. L'ingénieur conserve ensuite un rôle clé qui est de compléter ce que le bâtiment ne peut apporter.
Habitat du futur, habitat du plaisir !
Et si les architectes bâtissaient des édifices économes en énergie, voire producteurs d'énergie ? Et si ce progrès se fondait non sur la restriction mais sur le plaisir ? A la découverte de l'architecture bioclimatique, nous avons rencontré une nouvelle façon de penser le développement durable, faite de bon sens... et de plaisir.
- L'architecture bioclimatique n'obéit-elle pas à un effet de mode ?
- Vous n'êtes pas seul à prôner les économies d'énergies. Quel est l'apport original de l'architecture bioclimatique ?
- Comment la maison peut-elle devenir productrice d'énergie ?
- En quoi est-ce différent de la maison autonome des post soixante-huitards ?
- L'habitat ancien est-il concerné par votre démarche ?
- Comment les pays européens abordent-ils cette problématique ?
- Quels sont les freins à votre démarche ?
L'architecture bioclimatique n'obéit-elle pas à un effet de mode ?
Vous n'êtes pas seul à prôner les économies d'énergies. Quel est l'apport original de l'architecture bioclimatique ?
Le principe de plaisir ! Tous les experts s'accordent sur la nécessité d'économiser l'énergie ou de développer les énergies alternatives non émettrices de CO2.
Mais la plupart de ces discours parlent normes, contraintes, restrictions. Beaucoup comptent sur la mauvaise conscience des gens. Il faudrait vivre dans des bouteilles thermos ! Mais est-ce bien agréable ?
Nous, nous croyons que le plaisir est un moteur plus fort que la mauvaise conscience. Nous croyons que notre rôle est de créer des ambiances, d'exploiter au mieux l'environnement d'un édifice pour donner plaisir à y vivre : plaisir de la lumière naturelle, par exemple. Plaisir aussi de produire soi-même son énergie à partir d'énergies renouvelables.
Comment la maison peut-elle devenir productrice d'énergie ?
Des panneaux solaires ou des éoliennes installés sur des toits bien orientés peuvent satisfaire les besoins d'énergie des habitants, voire davantage.
Non plus consommateur d'énergie mais producteur, l'usager prend mieux conscience des enjeux énergétiques et devient plus économe : c'est un cercle vertueux. L'avenir appartient aux bâtiments à énergie positive, ceux qui produisent plus d'énergie qu'ils n'en consomment.
En quoi est-ce différent de la maison autonome des post soixante-huitards ?
C'est tout le contraire. Le bâtiment à énergie positive est relié aux réseaux, en interaction avec le réseau électrique, intégré dans la ville, souvent dans la ville dense. Ce n'est pas forcément la maison individuelle. Au contraire, les tours, par exemple, se prêtent bien à notre approche, avec leur volume ramassé et leurs déperditions d'énergie relativement faibles par mètre carré. On peut imaginer des tours de 500 ou 600 mètres de haut, moins ouvertes sur l'extérieur, avec un atrium central, possédant leur propre station d'épuration et de recyclage de l'eau.
L'habitat ancien est-il concerné par votre démarche ?
Oui. Il existe de beaux exemples de réhabilitation d'habitat ancien (voir illustration), où l'installation de vérandas au sud et de serres froides au nord à la place des balcons augmente le confort climatique, étend les surfaces habitables tout en diminuant la consommation d'énergie.
Comment les pays européens abordent-ils cette problématique ?
Leurs approches sont différentes mais, globalement, l'Europe est très à la pointe, notamment par rapport aux États-Unis ou à l'Asie. En France, c'est culturel, on élabore des théories avant de passer à la pratique, d'où les normes HQE (Haute Qualité Environnementale). L'Allemagne a une approche plus pragmatique.
De nombreux bâtiments s'essaient à « l'architecture verte », ce qui a donné naissance à une filière industrielle productive. En Espagne, à Barcelone, ou en Suède, à Malmö, le concept de « ville durable » transforme l'urbanisme. Il s'agit le plus souvent non d'une volonté politique, mais d'une demande venue du terrain.
Quels sont les freins à votre démarche ?
On nous oppose souvent le poids du coût initial, plus élevé de 10 à 15 % que pour les solutions habituelles. Mais il est compensé par les gains sur la consommation énergétique (de l'ordre de 30 à 50%) ainsi que par la durabilité des matériaux.
Il faut raisonner en coût global. Le problème est que les maîtres d'ouvrage ne sont pas ceux qui paient ensuite les coûts d'exploitation. Mais de plus en plus de collectivités locales, de particuliers, d'entreprises font appel à l'architecture bioclimatique. Notre concours « Habitat solaire, habitat d'aujourd'hui » montre toute la richesse et la diversité des solutions.