« Tout ce que nous savons, c'est que demain sera différent et qu'après demain sera plus cher. »

Philippe Chalmin livre ici son analyse de la crise économique et sa vision du marché de l'énergie.

En 2008, les prix de l'énergie ont connu des fluctuations considérables. Comment les expliquez-vous ?

« Il convient de se situer dans une perspective longue. L'effondrement des cours de la seconde partie de l'année est directement lié à la crise financière et économique que nous vivons à présent, mais la première achevait un cycle de hausse du prix des énergies commencé à la toute fin du siècle dernier et qui a connu son point le plus haut en juillet 2008. Ce cycle de hausse partait d'un point si bas, à la fin des années 1990, que The Economist titrait : « Oil: 5 dollars a barrel? ».
Faste pour les consommateurs, cette période de bas prix l'était moins pour les producteurs, qui n'ont plus dégagé les ressources nécessaires pour investir.
L'offre n'a donc pas suivi la hausse de la demande. Dès 1999, tirés par cette tension entre une demande croissante et une offre stagnante, les prix sont repartis à la hausse.
En plus, après la crise de 2001, la croissance mondiale s'est accélérée pour atteindre des taux annuels de 4 % à 5 %, demandant toujours plus d'énergie et de matières premières.
Dans cette croissance globale, celle de la Chine a été spectaculaire et a poussé ce pays à importer de plus en plus de matières premières. Les prix ont encore augmenté, les investissements sont repartis, mais avec un effet forcément différé, car les matières premières et l'énergie s'inscrivent dans le temps long : il faut dix ans pour mettre en exploitation un champ pétrolier, quinze pour une mine, vingt ans pour une molécule. De plus, les matières premières sont une malédiction pour ceux qui les produisent et la reprise de leur marché ne va pas sans causer des troubles dans les pays producteurs.
Après une phase de maturation, les prix ont alors explosé entre 2006 et juillet 2008. Une demande croissante, une offre qui ne se renouvelle pas, quelques accidents géopolitiques, à quoi s'ajoute une crise financière reportant les investissements spéculatifs vers les matières premières : tels sont les ingrédients qui ont entraîné la flambée des prix qui a culminé en juillet 2008. »

Pourquoi alors un effondrement si brutal par la suite ?

« La chute des prix des matières premières ne s'était jamais produite à un tel degré et avec une telle rapidité. En six mois, leurs cours ont baissé des deux tiers en moyenne. La cause en est la récession économique.
Force est de constater que personne ne l'avait vu venir, alors que les États-Unis étaient déjà en récession au milieu de 2008 et que l'Europe les suivait.
La principale cause en est la crise financière amplifiée par l'instinct grégaire et la panique. La demande s'est écroulée et les prix avec elle. Nous vivons une crise économique et une crise bancaire d'une ampleur historique. »

Vous ne pensez donc pas que nous sommes entrés dans une période de décroissance ?

« Je me méfie de tels exercices de prospectives. Quand, dans les années 1970, le Club de Rome prédisait déjà la décroissance, il raisonnait avec les données de l'époque : un baril à moins de 5 dollars et des techniques d'exploitation peu performantes. Depuis, nous avons appris à vivre de mieux en mieux avec un baril à 20 puis à 40 et même à plus de 100 dollars, et les progrès techniques ont fait reculer les perspectives d'épuisement des gisements.
Avec quel mix énergétique vivra mon petit-fils, je n'en sais rien.
Mais je sais que le gaz n'est guère plus propre ni mieux réparti que le pétrole.
Les potentialités de la biomasse sont encore mal connues mais se révèlent être considérables. Encore faut-il veiller à ne pas nuire aux cultures vivrières. Sans doute devons-nous déjà mieux exploiter les déchets agricoles, forestiers et urbains.
Il nous faudra aussi construire des villes plus humaines, sortir de l'architecture stalinienne qui a prévalu au XXe siècle. Le futur est à réinventer. Tout ce que nous savons, c'est que demain sera différent et qu'après-demain sera plus cher. »

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