Les économies d'énergie et le potentiel de la biomasse

Bernard Saint-André

Directeur de la stratégie, Dalkia

Intervention lors des 7èmes Rencontres parlementaires sur l'énergie

Notre ambition est bien aujourd'hui de créer et de bâtir ce monde d'énergie durable qui nous permettra de passer la fin de ce siècle. Nous le faisons cependant d'une manière assez artisanale, sauf peut-être dans le domaine de la grande production d'énergie : nous devons donc passer à une ère industrielle en matière d'économies et d'énergies renouvelables.

Notre modèle actuel n'est pas durable.

La température de l'air au sol est restée très constante au cours du millénaire passé et s'est mise à augmenter rapidement au début du XXème siècle. Une continuation de la tendance actuelle, avec une augmentation de la population mondiale jusqu'à 10 à 12 milliards d'hommes dans quelques dizaines d'années, conduit à des augmentations de température de 5 à 6 degrés qui sont insoutenables selon les scientifiques. Pour parvenir à limiter les dégâts, il faudrait figer les émissions mondiales au niveau où elles sont aujourd'hui, soit à 24 milliards de tonnes. Et à cette fin, éviter chaque année 500 millions de tonnes d'émissions de carbone. Nous sommes donc devant un problème considérable.

Nous consommons aujourd'hui sept fois plus d'énergie par individu dans le monde qu'il y a un siècle et nous sommes quatre à cinq fois plus nombreux.

Grâce à des dizaines d'années d'énergie extrêment peu chère, nous avons bâti une civilisation "énergivore".

L'éclairage consomme peu : 450 kWh par an ; le chauffage d'une maison de 100 mètres carrés consomme 18 000 kWh par an ; une voiture
15 000 kWh par an. Les gestes de tous les jours sont donc extrêment dispendieux en énergie. La consommation des énergies primaires a explosé, avec des conséquences en émissions de CO2.

Or nous disposons aujourd'hui, selon une étude de l'Agence internationale de l'énergie publiée en 2004, de technologies qui nous permettraient de réduire de 16 % les émissions de CO2, soit 5 milliards de tonnes par an. 12 % de ces économies pourraient provenir d'une amélioration du mix de la consommation, si l'on produisait de l'électricité avec du gaz plutôt qu'avec du charbon ; l'énergie nucléaire pourrait y contribuer à hauteur de 10 % ; mais surtout, l'amélioration de l'efficacité énergétique pourrait engendrer à celle seule 60 % des réductions et les énergies renouvelables 20 %. 

Or, si les technologies sont disponibles, leur utilisation est actuellement insuffisante pour atteindre l'objectif de facteur 4 de réduction des émissions de CO2.

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Le bâtiment représente aujourd'hui 40 % de la consommation d'énergie primaire globale de l'Union européenne.

La consommation moyenne du parc existant est de 300 kWh par mètre carré et par an. Un bâtiment construit selon les normes RT 2005 permet de consommer moins de la moitié de cette énergie. Pour atteindre le facteur 4, nous devons passer rapidement à une consommation inférieure à 50 kWh par mètre carré : la règlementation en est loin et les bâtiments construits actuellement ne la respectent pas toujours. Or un bâtiment construit aujourd'hui existera toujours en 2040 et continuera à consommer la même énergie. Les technologies existent pour construire des maisons à énergie positive, mais elles sont très chères. Nous devons faire en sorte qu'elle le soient moins, et inciter les constructeurs à créer des isolations maximales et des économies d'énergie dans le bâtiment.

Comment accélérer l'évolution des comportements ?

Une visibilité nulle sur l'évolution du prix de l'énergie n'est pas favorable aux investissements dans des technologies d'économie d'énergie.

La réglementation sur l'isolation des bâtiments n'a quasiment pas changé entre 1982 et 2000 car le baril de pétrole coûtait moins de 20 dollars : tout le monde a donc oublié la chasse au gaspi des années 1980. La dernière réglementation fait progresser l'isolation de 15 %, mais cela ne suffit pas encore. Il faut donc réfléchir à la manière de donner une valeur incitative au signal prix.

La réglementation doit elle aussi évoluer dans le sens d'une meilleure prévisibilité.

Par le passé, on savait plusieurs années à l'avance que des normes sur la pollution des rejets industriels seraitent adoptées : les industriels pouvaient ainsi programmer leurs investissements pour atteindre la norme en temps voulu.

Nous devons ainsi accroître la visibilité des prix et de la réglementation, à la fois pour les investisseurs et pour les décideurs individuels que nous sommes tous.

Les mécanismes de marché comme les quotas de CO2 ou les certificats d'économie d'énergie sont des outils extrêment utiles, mais ils doivent devenir plus fluides et plus efficaces.

Même pour des bâtiments importants, le choix du constructeur se fait sur la prix de l'investissement à l'instant zéro, et non sur le coût de fonctionnement du bâtiment sur sa durée de vie, ce qui conduit à payer beaucoup plus cher sur le long terme. Il faudrait que la réglementation prenne mieux en compte les coûts sur la durée globale et pas seulement au moment de l'investissement, notamment dans le cadre des contrats de partenariat public-privé.

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La biomasse

Prenons l'exemple de la biomasse pour montrer l'intérêt des énergies renouvelables car elles sont parfaitement disponibles à tout moment, comme n'importe quelle énergie fossile, contrairement aux éoliennes. Selon une étude de l'Agence d'étude de l'environnement, le potentiel de biomasse dans la Communauté européenne est de 300 millions de tonnes équivalent pétrole, ce qui représentera 15 % de la totalité du besoin en énergie primaire de la Communauté européenne en 2030. Elles ne couvrent aujourd'hui que 4 % de ces besoins. Nous pourrions passer d'une culture actuelle de 9 millions de tonnes équivalent pétrole à 140 millions de tonnes équivalent pétrole. Il faudrait pour cela :

  • là encore, utiliser le signal prix ;
  • plus investir dans la recherche et développement ;
  • aider à l'industrialisation des filières ;
  • coordonner la politique énergétique et la politique agricole.

La biomasse reste aujourd'hui artisanale. Les installations sont toujours des prototypes. Il faut demain les construire en série, avec du matériel standard et selon une vision à moyen et long terme, de façon à faire baisser le prix des fournitures. Les prix se rapprocheront ainsi, comme ceux de l'éolien, du prix de maché mais il faut commencer tout de suite.

Le rôle des collectivités locales

Le rôle des collectivités locales dans tout cela est fondamental car ces politiques sont avant tout des politiques de terrain. Les pouvoirs publics doivent définir le cadre, mais les collectivités locales ont un pouvoir d'incitation et de réalisation sur le territoire irremplaçable pour :

  • l'éducation du public ;
  • la qualité de la construction : les collectivités locales peuvent notamment donner l'exemple en améliorant l'efficacité énergétique des équipements collectifs ;
  • la forme de l'urbanisme ;
  • le développement des filières d'énergies renouvelables : les collectivités locales sont en première ligne pour réaliser des chauffages urbains à la biomasse ou des cogénérations à la biomasse.


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